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Sur la terre comme au ciel

Par Cheikh Diop Dionne, Chevalier de la Légion d’honneur, ancien député à l’Assemblée nationale sénégalaise, ancien Président du groupe d’amitié Sénégal-France à l’Assemblée nationale, consultant international.

Le marché aérien représente de grands espoirs et de grandes perspectives économiques pour le continent africain. Aux premières loges de ce marché, les compagnies aériennes qui se préparent à connaître une marge de progression à faire pâlir plus d’un grand patron du transport aérien.

L’IATA (l’Association Internationale du Transport Aérien) prévoit un doublement du trafic mondial sur les vingt prochaines années, qui devrait atteindre 8,2 milliards de passagers en 2037. L’association prévoit également une croissance du trafic aérien africain de 5,7 % par an en moyenne jusqu’en 2034.

En d’autres termes, le marché va doubler en taille chaque décennie. Les principaux pays concernés sont la Sierra Leone, le Bénin, le Mali, le Rwanda, le Togo, l’Ouganda, la Zambie, le Sénégal, l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, la Tanzanie, le Malawi, le Tchad, la Gambie et le Mozambique. Une excellente nouvelle pour le développement des compagnies aériennes, qu’elles soient étrangères ou africaines.

C’est pour cette raison que nombre de compagnies comptent défendre leur place sur ce marché ou s’y implanter durablement. Le cas d’Air France est très parlant : sans le marché africain, la compagnie française aurait depuis longtemps frôlé le dépôt de bilan. Aujourd’hui, son quasi-monopole n’existe plus guère car il a été battu en brèche par Royal Air Maroc, Brussels Airlines, Turkish Air Lines ou encore Ethiopian Airlines. C’est pour cela aussi qu’à l’exemple de Sénégal Airlines, d’autres compagnies vont naitre et croitre dans les années à venir.

Sur ce marché, il convient aussi de considérer une autre bataille que celle du ciel : celle qui se joue au sol. Depuis quelque temps, on assiste à une déferlante de sociétés qui cherchent à tout prix à occuper le marché des prestations terrestres dans les aéroports. La bataille risque d’être sanglante au détriment de l’expertise technique et de la sécurité aéroportuaire, critères premiers à prendre en compte dans un tel contexte de concurrence. Si, au Sénégal, nous avons la chance d’avoir à Blaise Diagne un prestataire au savoir-faire reconnu, ce  ne semble pas être le cas partout.

Au Gabon, le prestataire en présence pose problème. Preuve en est la polémique concernant R-Logistic, filiale de l’entreprise MRG (Monaco Resources Group), et prestataire actuel de l’aéroport de Libreville, en charge de l’assistance à escale de l’aéroport. Plusieurs informations parues dans la presse tant européenne qu’africaine indiquent qu’un halo de mystère entoure l’actionnariat de cette société et fait craindre d’étranges ramifications, à tel point que ce prestataire, toujours selon ces mêmes sources, pourrait se voir remis en cause. Certaines compagnies internationales refuseraient même de travailler avec Monaco Resources Group. En cause, un sous-investissement financier pouvant impacter la sécurité des voyageurs et la réputation sulfureuse de son dirigeant. Ce qui est pour le moins préoccupant, puisque MRG aurait des visées sur d’autres aéroports, tel que Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire.

Sur terre ou dans les airs, la concurrence s’exacerbe et le continent africain en  devient un enjeu prioritaire pour nombre de sociétés privées. Un enjeu de taille qui doit prendre en compte de nombreux défis : une forte croissance du produit intérieur brut, une démographie et une urbanisation galopantes et l’émergence d’une classe moyenne en capacité de voyager de plus en plus sur le continent. Et c’est sans compter sur cet autre grand projet du continent, le Mutaa ou Marché Unique du Trafic Aérien en Afrique, qui vise à abattre les barrières, afin de faciliter les liaisons intra-africaines et in fine de faire baisser le prix des billets d’avion.

Espérons qu’à l’arrivée, dans cette immense révolution du transport et dans cette guerre économique sans précédent, le passager ne soit pas la victime.

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