Ces jeunes filles racontent comment et pourquoi elles sont devenues prostituées

Ces jeunes filles racontent comment et pourquoi elles sont devenues prostituées

Armelle (en classe de 1ère D):

« Bouaké devient de plus en plus dur pour nous les jeunes filles. J’ai commencé à me prostituer parce que mes parents sont pauvres et j’avais besoin d’argent pour m’acheter mes fournitures scolaires et mon inscription. Maintenant, j’y ai pris goût.

Je ne suis plus dans le besoin et je gagne toujours plus, j’ai des habitués, des cadres de Bouaké qui prennent soin de moi, et des amis du lycée qui veillent sur moi moyennant quelque chose. Ce portable Androïd, c’est un cadeau que j’ai reçu samedi dernier de la part d’un habitué. Un de mes enseignants. Je songe à arrêter mes études et à me consacrer à cette vie. De toutes les façons, je ne m’arrêterais que quand je me serais mariée ! ».

Abiba (étudiante, 26 ans):

 « Je n’ai pas choisi cette vie, elle m’a été imposée. Et je fais avec. »

Rokiatou (étudiante) :

 « Mes parents s’occupent toujours de moi. Je ne manque de rien, mais par envie, j’ai voulu essayer car j’enviais beaucoup des camarades d’amphi qui se faisaient entretenir par des hommes beaucoup plus âgés qu’elle. Ceux-ci viennent les chercher après les cours pour les emmener déjeuner et leur achètent des vêtements etc. J’avais envie d’essayer et j’y ai pris goût. Que Dieu m’en préserve ».

Béatrice (étudiante, 21 ans):

« Je suis arrivée à Bouaké, il y’a 2 ans pour mes études, je n’ai aucune aide financière. Les 10.000 FCFA par mois que m’envoie mon père lui-même sans moyens financiers ne suffisent pas. C’est avec cet argent que je dois payer ma nourriture, payer ce studio qui me revient à 7.500 FCFA. Sans oublier l’achat des fascicules, le transport et le reste de mes besoins. Donc, je n’arrive pas à joindre les deux bouts. Je ne suis pas boursière.

Payer mes factures

Vous voyez ma situation ? Mon père ne travaille pas et le peu d’argent qu’il gagne sert à peine à payer ses factures et s’occuper de lui-même à Adiaké. Une fille qui habitait dans la même cour commune que moi, me venait toujours en aide. C’est elle qui, souvent m’achetait même des tampons lorsque je suis indisposée.

Un jour, aux environs de 22 heures, elle m’a demandé de l’accompagner dans un maquis au quartier Air-France 1. Une fois sur place, elle m’a dit qu’il y’avait un moyen facile pour moi d’avoir de l’argent et de manger gratuitement sans fournir d’effort. J’avais très bien compris de quoi il s’agissait, et j’ai sur-le-champ refus, car je trouvais cela immoral. J’ai fini par accepter. Car ce soir-là, cela faisait deux jours que je n’avais rien à manger, et le propriétaire de ma maison me mettait la pression.

Il fallait payer mon loyer de peur de me faire vider de la maison. Ma voisine m’a assuré qu’il n’y avait aucun risque et elle m’a présentée à un policier en tenue civile qui m’a dit que je serais sous sa protection. C’est depuis ce temps, que je « travaille ». J’envoie chaque mois un peu d’argent à mon père. Je surviens à mes besoins ».

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Samirha (17 ans en classe de Terminale ) :

« Quand j’étais en classe de 5ème, je suis tombée enceinte de mon enseignant. Celui-ci a nié la grossesse et j’ai été chassée de la cour familiale par mes parents. Depuis lors, je me débrouille toute seule pour m’occuper de mon fils. Mes parents sont ici à Bouaké mais n’ont jamais demandé de mes nouvelles ou comment je parviens à survivre avec un enfant. Vous voyez ce que mes propres parents et le père de mon enfant ont fait de moi ? ». (…)

Avec lecourrierquotidien